27/10/2003

Interview de Jean-Mi

Parue dans la Dernière Heure-Les Sports du 18 octobre.
 

Saive: "Avoir été numéro un mondial est quelque chose de dingue."

 

Mercredi, à Namur, Jean-Michel Saive fête ses 20 ans en équipe nationale. Retour sur sa superbe carrière

BRUXELLES Il y a 20 ans, imaginiez-vous que vous seriez encore là, sportivement parlant bien sûr, 20 ans plus tard?

«Franchement, non. Et c'est normal. Car lorsqu'on a 13 ans, quelqu'un qui avoue 33 ans paraît vraiment... très vieux. Donc, forcément, je ne pensais évidemment pas, à cette époque-là, que je serais encore compétitif 20 ans plus tard.»

Comment, dès lors, qualifieriez- vous les vingt années qui viennent de s'écouler?

«De fantastiques, de merveilleuses, d'inespérées et de très chargées. Et puis, surtout, elles m'ont donné l'impression de passer incroyablement vite. Avec tout ce que j'ai vu et connu, ces vingt années, pour moi, en valent au moins vingt de plus. C'est, en effet, comme si j'en avais pris pour... 40 ans!»

Cette longévité au plus haut niveau a-t-elle, pour vous, toujours la même saveur?

«Oui. Et pour une raison très simple: j'ai toujours pensé qu'il était plus profitable de connaître une carrière au haut niveau que de remporter, de manière éphémère, un grand titre, puis de disparaître dans l'anonymat. A mes yeux, il est plus facile de gagner un grand tournoi que de se maintenir, comme je l'ai fait, au top pendant tant d'années.»

Mais pourquoi continuez-vous à vous battre de la sorte alors que vous n'avez plus rien à prouver?

«Parce que je prends encore tous les jours le même plaisir. Et puis, quand ce sera fini, ce sera vraiment fini. Il n'y aura plus pour moi toutes ces sensations liées au sport. Comme la préparation d'un objectif avec ce que cela suppose comme dose de motivation et de préparation physique. Très sincèrement, je ne me sens pas encore dans la peau de celui qui est condamné à regarder les albums souvenirs. Je suis trop jeune, j'ai encore envie de regarder devant moi et pas uniquement dans le rétroviseur!»

Et les efforts consentis aujourd'hui pour conserver un bon niveau sont-ils, eux, plus pesants que par le passé?

«Disons que c'est différent. Cet été, par exemple, j'ai pris énormément de plaisir à préparer la saison. A la limite, j'ai trouvé cela très excitant. Mais cette sensation est liée au fait qu'on me juge, de l'extérieur, trop vieux ou déjà fini , ce qui m'enlève une forme de pression, alors qu'intérieurement, moi, je sais que je possède toujours le niveau. Donc, ce ne sont pas les efforts qui sont pesants mais plutôt la multitude des longs voyages et la perpétuelle gestion des décalages horaires.»

Aujourd'hui, c'est, néanmoins, davantage votre tête que vos muscles qui vous font avancer ou, plutôt, vous empêchent de reculer?

«La tête, en effet, commande tout. Mais cette tête ne cesse de me répéter qu'à 33 ans, on est jeune dans la vie. Que si tout va bien, on a encore 50 ans de vie devant soi. Donc, avec une bonne hygiène de vie, les muscles n'ont pas de mal à suivre le rythme. Tout au plus, la récupération est-elle moins rapide.»

Vous arrive-t-il, parfois, de regretter de ne pas avoir opté pour un sport plus lucratif et plus médiatisé?

«Non. Le choix d'un sport, on le fait à 8 ou 9 ans, parce qu'on aime cette discipline. Ce n'est que bien plus tard qu'on est amené à faire des comparaisons. Ainsi, il est évident qu'il m'arrive de me dire que si j'avais choisi le tennis et réalisé une carrière similaire, aujourd'hui je serais probablement milliardaire! Mais à l'inverse, il y a des tas d'autres sportifs méritants qui, pour vivre, ont un autre métier. Moi, j'ai déjà la chan- ce que ma passion soit devenue mon métier...»

Soyons sincère. Quand vous analysez la gloire qui s'attache aux vedettes d'autres sports où les efforts demandés sont pourtant moindres, cela ne vous rend pas jaloux?

«Jaloux, certainement pas. Frustré, parfois. Car quand on y réfléchit, il y a dix ans à peine j'étais, avec ma première place mondiale, dans la situation actuelle de Kim Clijsters et de Justine Henin-Hardenne. Or il a suffi que je quitte les tout premiers rangs mondiaux pour que je n'existe plus. C'est là ma frustration. Car j'aurais pu admettre ou comprendre cette situation si je n'avais plus signé aucun résultat valable. Mais ce n'est pas le cas. Or je peux assurer, pour vous donner ce simple exemple, qu'il n'y a pas longtemps, un journaliste professionnel, en me croisant, m'a demandé si je jouais encore au tennis de table!»

Comment jugeriez- vous, alors, la gloire? Comme un bien ou comme un mal?

«En fait, les deux! Quand on est dans l'ascenseur qui monte, c'est magique, magnifique. Puis, quand on est arrivé au sommet, forcément c'est la descente qui s'entame. Alors là, très vite, on remarque que ceux qui encensaient à la montée sont les premiers à vous piétiner dans la descente. C'est là que moralement il faut être très fort. Car la gloire, en fin de compte, ce n'est jamais aussi magnifique ni catastrophique qu' on le raconte.»

Est-ce que pour vous la seule recette du succès est la rage de vaincre?

«Ce n'est pas la seule recette, c'est sûr, mais tous les grands sportifs en sont habités. Et ils l'étaient déjà en étant gamins. Un enfant, il suffit de voir son regard en compétition pour le juger. Celui qui ne traduit pas cette rage de vaincre n'arrivera pas. Ce qui ne signifie pas que celui qui la possède réussira à tous les coups. Car il y a, en effet, tant d'au- tres facteurs qui interviennent dans la réussite d'un sportif.»

Chez vous, cette rage de vaincre a toujours été naturelle?

«C'est naturel, même si, par la suite, je l'ai un peu travaillée pour que je puisse l'appliquer en toutes circonstances. Mais, au départ, c'est vrai, c'est naturel. Si je joue une partie de Stratego, j'ai envie de la gagner. Idem pour un parcours de golf.»

Vous avez procuré, sportivement parlant, beaucoup de plaisir aux gens. Mais en avez-vous, aussi, déçu certains?

«Certainement. Car quand on est en pointe de l'actualité, on attend toujours beaucoup de vous. En fait, à ce moment-là de votre carrière, vous n'avez aucun droit à l'erreur. Vous devez être l'exemple en tout et pour tout le monde. Or, forcément, il arrive un moment où vous devez décevoir certaines personnes. Je suis un être humain avec ses qualités et ses défauts...»

Vous est-il arrivé de vous surprendre?

«Oui, car quand je vois d'où je viens, avoir été numéro un mondial est quelque chose de dingue. Et plus le temps passe, plus je suis impressionné par mes résultats. Car ce n'est qu'aujourd'hui que je réalise vraiment que pour rester au top, il faut sans cesse gagner. Et cela, je l'ai fait, moi, ce que je trouve finalement très impressionnant.»

 


12:41 Écrit par Nathalie | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

reponder moi slt je vous ai regarder se samedi et je trouvais si vous aver perdu je trouve ke vous etes tres fort et pour moi vous etes le meilleur. pourrai- je avoir votre adresse msn et de cher vous moi ses rue de leuze 392 4/c 5300 vezin et sais en belgique reponder moi vite et j aimerai avoir votre signature

Écrit par : rasquin nathalie | 22/10/2005

Mon grnad garçon a comme idole Jean-Mi, il va avoir 20 ans le 18/08/1988, en cadeau nous aimerions lui offrir une rencontre avec Jean-Mi ou un petit souper amical avec les gens du ping içi à Messancy, "petite"province de luxembourg où on ne connait pas grand monde influent. Comment faire ??? Merci même si nous voyons tros haut.

Écrit par : Lahaye Véronique | 03/06/2008

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